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Habiletés sociales TDAH TDAH : Comprendre les difficultés sociales liées au TDAH et au TSA

« Il ne sait pas jouer avec les autres. » « Elle dit tout ce qu’elle pense, sans filtre. » « Il se retrouve toujours seul dans la cour. »

Ces phrases, nous les entendons souvent en consultation. Derrière chacune d’elles, une vraie souffrance — celle de l’enfant, mais aussi celle des parents qui ne savent plus comment l’aider. Si votre enfant présente un TDAH (Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité) ou un TSA (Trouble du Spectre de l’Autisme), les difficultés sociales font souvent partie du tableau clinique. Elles ne sont pas un caprice, ni un manque d’éducation. Elles ont des causes précises, et surtout, elles peuvent être travaillées.

Mon enfant a du mal à se faire des amis : TDAH et TSA



Pourquoi les interactions sociales sont-elles si difficiles ?

Les échanges sociaux semblent naturels et automatiques pour beaucoup d’enfants. Mais en réalité, une simple conversation entre deux enfants mobilise des dizaines de compétences en même temps : décoder l’expression du visage de l’autre, choisir le bon moment pour parler, adapter son ton, gérer sa propre frustration, comprendre les sous-entendus, respecter les tours de parole…

Pour un enfant neuroatypique, ce traitement multi-tâches est épuisant, voire impossible sans aide.


Dans le cas du TDAH

Le TDAH touche les fonctions exécutives du cerveau — ces fonctions qui permettent de planifier, d’inhiber ses impulsions et de réguler ses émotions. Dans les interactions sociales, cela se traduit concrètement par :

  • L’impulsivité verbale : l’enfant coupe la parole, répond avant que la question soit terminée, dit ce qu’il pense sans filtre. Ce n’est pas de la mauvaise volonté — son cerveau n’a pas eu le temps d’activer le « frein ».
  • La difficulté à attendre son tour : dans un jeu ou une conversation, attendre que les autres aient fini est une vraie épreuve.
  • La labilité émotionnelle : les émotions arrivent vite, fort, et partent parfois aussi vite. Un enfant avec TDAH peut exploser pour une « broutille » selon ses camarades, ce qui crée de l’incompréhension.
  • La distraction : l’enfant peut sembler ne pas écouter, être « dans la lune », rater des informations importantes échangées dans le groupe.

Des études menées dans le domaine de la neuropsychologie montrent que les enfants avec TDAH sont rejetés socialement jusqu’à 3 fois plus souvent que leurs pairs neurotypiques dès les premières semaines dans un nouveau groupe — ce qui crée une réputation difficile à effacer.


Dans le cas du TSA

Pour les enfants avec TSA, les difficultés sociales sont encore plus centrales. Le TSA impacte directement la communication sociale, à des degrés très variables selon les profils :

  • La compréhension implicite : les sous-entendus, les blagues, le second degré, les expressions idiomatiques (« prendre ses jambes à son cou ») sont traités au premier degré.
  • La théorie de l’esprit : il s’agit de la capacité à comprendre que les autres ont des pensées, des croyances, des intentions différentes des siennes. Elle se développe souvent plus lentement chez les enfants TSA.
  • Les intérêts restreints : un enfant passionné par les trains ou les dinosaures peut avoir du mal à s’intéresser aux sujets des camarades, ou à comprendre pourquoi ses longues explications sur son sujet favori lassent les autres.
  • La sensorialité : un environnement bruyant (la cantine, la cour de récréation) peut être tellement éprouvant que l’enfant se retire, non par désintérêt, mais par survie sensorielle.

Il est important de souligner que beaucoup d’enfants TSA souhaitent profondément se connecter aux autres — ils ne sont pas « asociaux » par nature. Ils manquent d’outils pour y parvenir de façon fluide.



Ce que ces difficultés ne sont PAS

Avant d’aller plus loin, il nous semble essentiel de déconstruire quelques idées reçues.

Non, ce n’est pas un problème d’éducation. Les parents d’enfants neuroatypiques entendent souvent des remarques blessantes sur l' »autorité » ou le « cadre ». Les difficultés sociales liées au TDAH ou au TSA sont neurologiques. Elles auraient existé quel que soit le contexte familial.

Non, l’enfant ne le fait pas exprès. L’impulsivité, le manque d’empathie apparente, les réactions disproportionnées : ce ne sont pas des choix conscients. L’enfant souffre souvent autant que les autres de ces situations.

Non, ça ne « passera pas tout seul » avec le temps. Sans accompagnement ciblé, les difficultés persistent, et l’isolement social peut s’aggraver à l’adolescence. Mais avec les bons outils, des progrès réels et durables sont possibles.



Les habiletés sociales : ça s’apprend !

C’est là que réside une bonne nouvelle : les habiletés sociales ne sont pas innées. Elles sont des compétences, au même titre que lire ou faire du vélo. Et comme toute compétence, elles peuvent s’enseigner, se pratiquer, et s’automatiser.

C’est le principe fondateur des groupes d’habiletés sociales (GHS), une approche bien documentée dans la littérature scientifique internationale.

Qu’est-ce qu’un groupe d’habiletés sociales ?

Un GHS réunit un petit groupe d’enfants partageant des profils similaires (TDAH, TSA, troubles DYS…) pour travailler ensemble, de façon ludique et structurée, des compétences sociales précises :

  • Initier une conversation et la terminer correctement
  • Demander d’intégrer un groupe de jeu
  • Gérer un désaccord sans conflit
  • Reconnaître et exprimer ses émotions
  • Comprendre les émotions de l’autre
  • Respecter l’espace personnel
  • Gérer la défaite et la frustration

Les séances alternent des temps d’apprentissage explicite (« voilà comment on fait »), des mises en situation par le jeu de rôle, et des debriefs en groupe pour ancrer les apprentissages.

L’environnement bienveillant et non-jugeant du groupe est essentiel : les enfants s’entraînent entre pairs qui « comprennent de l’intérieur », sans la pression des situations réelles.

Ce que dit la recherche

Les programmes d’habiletés sociales les plus évalués scientifiquement — comme le programme PEERS® (Program for the Education and Enrichment of Relational Skills), développé à l’UCLA — montrent des résultats significatifs et durables, notamment :

  • Augmentation du nombre d’amis déclarés par l’enfant
  • Amélioration de la qualité des interactions sociales mesurée par les parents et les enseignants
  • Réduction du sentiment de solitude
  • Meilleure connaissance et utilisation des règles sociales non écrites

Ces effets ont été confirmés dans plusieurs méta-analyses portant sur des enfants TSA et TDAH d’âge scolaire.



Le rôle clé des parents

Un point souvent sous-estimé : l’implication des parents est un facteur déterminant de l’efficacité des GHS.

Quand les parents comprennent ce qui est travaillé en séance, ils peuvent créer des opportunités d’entraînement dans la vraie vie : organiser une activité avec un seul camarade plutôt qu’un groupe large, accompagner l’enfant après une dispute pour analyser ce qui s’est passé, valoriser chaque progrès même minime.

C’est pourquoi dans notre pratique, nous intégrons systématiquement une dimension parentale à notre accompagnement. Vous n’êtes pas de simples « spectateurs » de la thérapie — vous êtes les coachs de votre enfant au quotidien.



Et si mon enfant refuse d’aller au groupe ?

C’est une question fréquente. Certains enfants, notamment ceux avec TSA, peuvent être réticents à l’idée de rejoindre un groupe d’inconnus pour « travailler leurs difficultés ». Quelques pistes :

  • Ne pas présenter le GHS comme une « thérapie » mais comme un club, une activité, un endroit pour rencontrer des enfants qui vivent les mêmes choses.
  • Dédramatiser l’enjeu : ce n’est pas « parce que tu es différent », mais parce que les relations sociales, c’est compliqué pour tout le monde et qu’il existe des outils concrets.
  • Laisser l’enfant visiter avant de s’engager, si possible.
  • Faire confiance à la dynamique de groupe : souvent, les enfants qui arrivent à reculons deviennent les plus impliqués au bout de quelques séances.



Quand faut-il consulter ?

Il n’y a pas d' »âge minimum » pour s’intéresser aux habiletés sociales. Quelques signaux qui peuvent vous inviter à solliciter un accompagnement :

  • Votre enfant parle de se sentir seul, de ne pas avoir d’amis
  • Il revient régulièrement en pleurs après l’école à cause de conflits
  • Les enseignants signalent des difficultés récurrentes dans les interactions avec les pairs
  • Votre enfant évite systématiquement les situations sociales (fêtes d’anniversaire, sorties…)
  • Il a reçu un diagnostic de TSA ou TDAH et vous sentez que la dimension sociale n’est pas assez accompagnée


En résumé

Les difficultés sociales chez les enfants avec TDAH ou TSA sont réelles, documentées, et source de souffrance. Mais elles ne sont pas une fatalité. Avec un accompagnement adapté, des outils concrets et l’engagement de la famille, les progrès sont non seulement possibles mais souvent remarquables.

Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, n’hésitez pas à nous contacter. Nous serons heureuses d’échanger avec vous sur la situation de votre enfant et les solutions qui pourraient lui convenir.


Audrey Tosser et Lucie Cantelaube sont psychoéducatrices spécialisées dans l’accompagnement des enfants et adolescents TSA et TDAH à Bordeaux et Bègles. Elles proposent des accompagnements individuels, des groupes d’habiletés sociales et des groupes de soutien parental. Déplacements possibles en Gironde.

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Références scientifiques mentionnées dans cet article

  • Laugeson, E.A. & Frankel, F. (2010). Social Skills for Teenagers with Developmental and Autism Spectrum Disorders: The PEERS Treatment Manual. Routledge.
  • Mikami, A.Y. (2010). The importance of friendship for youth with attention-deficit/hyperactivity disorder. Clinical Child and Family Psychology Review, 13(2), 181–198.
  • Kasari, C. et al. (2012). Making the connection: Randomized controlled trial of social skills at school for children with autism spectrum disorders. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 53(4), 431–439.