La motivation est un concept souvent mal compris dans l’éducation et l’accompagnement des enfants. Contrairement à une idée reçue, elle ne se résume pas à l’utilisation de récompenses ou de renforçateurs. La motivation repose sur un équilibre subtil entre le coût d’un comportement et le bénéfice qu’on en retire.
Dans le travail auprès des enfants présentant un Trouble du Spectre de l’Autisme (TSA) ou un Trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDA/H), l’utilisation des renforçateurs s’est progressivement intégrée aux pratiques professionnelles. Cette évolution, certes lente en France, est liée au développement de l’Applied Behavior Analysis (ABA), ou analyse comportementale appliquée.
Toutefois, cette adoption a engendré une erreur d’interprétation fréquente : on pense souvent qu’il suffit d’identifier la bonne récompense pour motiver un enfant. Or, la motivation n’est pas simplement le résultat du bénéfice obtenu, mais le rapport entre le coût initial du comportement demandé et ce bénéfice.
Notre organisme effectue constamment, de manière inconsciente, une forme de calcul pour évaluer si un comportement « vaut le coup ». Il ne s’agit pas d’une décision rationnelle délibérée, mais plutôt d’un processus qui s’explique par l’interaction entre des variables internes (notre état physique, émotionnel, nos pensées) et des variables externes (l’environnement, les sollicitations).
En psychologie comportementale, approche sélectionniste des comportements, un comportement est dit « renforcé » quand il apparaît comme le résultat favorable de ce rapport coût/bénéfice.
La loi du matching, ou loi de l’appariement, est un principe scientifique découvert dans les années 1960 par le psychologue Richard Herrnstein. Elle explique comment les individus (humains comme animaux) répartissent leur temps et leurs efforts entre différentes options disponibles.
Imaginez que vous avez le choix entre plusieurs activités. La loi du matching dit que vous allez naturellement consacrer plus de temps et d’énergie aux activités qui vous rapportent le plus, proportionnellement à ce qu’elles vous coûtent en effort.
Motivation = Bénéfice / Coût
Plus le bénéfice est élevé par rapport au coût, plus la motivation est forte. À l’inverse, si le coût est trop élevé par rapport au bénéfice, la motivation s’effondre.
Parce que nos comportements s’apparient (se lient) aux renforcements disponibles dans l’environnement. Nous ajustons naturellement nos choix pour maximiser nos gains et minimiser nos pertes.
Une éducatrice propose à un enfant de réaliser 3 exercices pour ensuite accéder à son jeu préféré, qu’il a lui-même choisi. Malgré son envie manifeste pour le jeu, l’enfant refuse et s’oppose.
Analyse : Le problème ne vient pas du renforçateur (le jeu est bien motivant), mais du coût initial trop élevé. Faire 3 exercices représente un effort disproportionné par rapport au bénéfice.
Solution : L’éducatrice réduit la demande à un seul exercice. Le rapport coût/bénéfice devient alors favorable, et l’enfant accepte de faire l’exercice pour accéder ensuite à son jeu préféré.
Leçon : Parfois, ce n’est pas le bénéfice qu’il faut augmenter, mais le coût qu’il faut diminuer.
Vous vivez sur le bassin d’Arcachon, dans un cadre de vie agréable, avec un salaire qui vous convient. On vous propose le même emploi, au même salaire, en région parisienne.
Analyse : Le coût (quitter votre environnement favorable, le stress parisien, le coût de la vie) est bien supérieur au bénéfice (qui reste identique). La motivation est donc inexistante.
Solution : Pour que vous envisagiez ce changement, il faudrait modifier significativement le bénéfice : tripler votre salaire, ajouter une maison de fonction gratuite, ou proposer un autre avantage important (se rapprocher de votre famille, par exemple).
Leçon : Quand le coût est élevé, seul un bénéfice substantiellement augmenté peut créer la motivation.
Vous proposez à votre enfant de 4 ans de jouer à son jeu préféré une fois qu’il se sera lavé seul. Cela ne fonctionne pas. Habituellement, vous finissez par vous fâcher jusqu’à ce qu’il cède.
Analyse : Se laver entièrement seul représente un coût trop important pour un enfant de cet âge. Le bénéfice (jouer au jeu) ne compense pas l’effort demandé.
Solution : Vous modifiez les deux paramètres : vous réduisez le coût (vous lavez l’enfant comme d’habitude, mais lui demandez seulement de se laver les pieds seul) et vous augmentez le bénéfice (vous proposez de regarder un dessin animé avec lui, moment de partage encore plus valorisant).
Leçon : On peut agir sur les deux leviers simultanément pour créer un rapport favorable.
Ces exemples sont volontairement génériques et ne fonctionneront pas nécessairement avec tous les enfants ou dans toutes les situations. Et c’est normal.
Le coût initial des comportements et le niveau des bénéfices sont spécifiques à chaque personne. Ce qui représente un effort minime pour l’un peut être insurmontable pour l’autre. Ce qui constitue une récompense extraordinaire pour certains laissera d’autres indifférents.
Il n’existe donc pas de solution universelle, de rapport coût/bénéfice prédéterminé qui fonctionnerait pour tous. En revanche, la loi du matching elle-même est universelle : elle s’applique à tous les organismes vivants.
Comprendre la motivation comme un rapport dynamique entre coût et bénéfice transforme notre façon d’accompagner les enfants et les personnes en difficulté. Plutôt que de chercher systématiquement « la bonne récompense », nous pouvons :
C’est précisément cette nécessité d’adaptation à chaque situation, à chaque personne, qui rend le travail clinique et éducatif si passionnant et si riche. La motivation n’est pas une recette à appliquer, mais un équilibre subtil à construire, jour après jour, avec bienveillance et observation attentive.
Note : En psychologie comportementale, même les pensées sont considérées comme des manifestations comportementales qui suivent les mêmes règles que les comportements visibles. Pour penser, réfléchir ou envisager une option, il faut être motivé. La motivation précède donc l’action, mais aussi la réflexion elle-même.
Article rédigé par Lefebvre Ludovic, Psychologue-Neuropsychologue en libéral — Février 2026
Clément, C., & Gréco-Le Maléfan, S. (2015). Pratiques psychologiques en autisme. Dunod. — Ouvrage collectif français sur les interventions comportementales
Alberto, P. A., & Troutman, A. C. (2012). Applied Behavior Analysis for Teachers (9e édition). Pearson. — Applications concrètes des principes de motivation en classe.
— Article rédigé par LEFEBVRE LUDOVIC – Psychologue-Neuropsychologue en libéral -lefebvre.psychologue@yahoo.fr – Article écrit en Février 2026
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